[RDC] Menace et arrestation à Goma

Témoignage de Junior de Goma

Bonjour.

En date du 30 mai, j’ai été victime d’une arrestation et menacé par les agents de l’agence national du renseignement (ANR), puis d’un homme politique de la ville de Goma nommé Bahati Bernard.

A 10H dans le centre-ville de Goma, une Jeep noire s’est arrêtée devant moi et deux hommes sont descendus en me demandant de les suivre.  Ils se sont présentés en disant qu’ils étaient de l’ANR.  Après une courte opposition de ma part, l’un d’eux m’appela par mon nom en me montrant son revolver, et me dit: “Si tu veux être libre ce soir tu as intérêt à nous suivre!”

Je suis entré dans le véhicule, arrivé dans une parcelle, ils prirent mon sac ou était mon ordinateur, mon passeport et quelques-uns de mes documents de travail.

Ils me mirent dans un salon. 20 minutes après, l’un d’eux vint et s’assis à côté de moi et demanda qui j’étais, je lui dit mon nom, mais il se fâcha et me gifla en répétant la question. Je lui dit :”Monsieur, je ne sais pas ce que vous voulez de moi, si je suis là c’est parce que vous m’avez menacé avec un arme. C’est donc à vous de me dire ce que vous voulez de moi.” Il me gifla encore de nouveau et me dit: “Tu es orgueilleux… attendons de voir si dans quelques minutes tu reparleras encore ainsi!”  Et pendant tout ce temps ils m’avaient bandé le visage et fermé les mains.

Puis après quelques minutes, il revint et me demanda : “Quelles relations as-tu avec la LUCHA (Lutte pour le Changement)?”.

Je lui dit “Aucune!”. Il tonna encore sur moi et enleva le bandeau de mes yeux et, il avait son revoler à la main. Il me dit: “A Goma, les gens meurent chaque jour, est-ce que tu sais pourquoi ?” Je lui répondis “Comment le saurai-je ?” Il me dit: “C’est à cause des mecs comme vous orgueilleux et impolis, et qui croient que tout leur est permis. Toi d’ailleurs, tu es pire que la LUCHA même si tu nies collaborer avec eux. Sache que nous te tenons à l’œil et qu’à tout moment on pourra t’enterrer.” Il entra dans la chambre et revint avec dans les mains mon sac, mon passeport,  ma carte bancaire et mon ordi. Il me demanda le mot de passe de ma machine et sous le coup de la peur je le lui ai donné. Il retourna dans la chambre avec, après quelques minutes il revint et me dit : “

Nous savons qui tu es et ce que tu fais. Ton organisation hors-la-loi et diabolique qui veut détruire les mœurs congolaises, nous l’avons en ligne de mire. Toi et la LUCHA vous allez disparaître de cette ville”.

Puis il me dit:” Le véhicule qui va te ramener en ville est là, mais on a pas fait ce travail pour rien, tu dois payer notre carburant.” Je leur ai répondu que je n’avais pas d’argent. Il me dit: “Tu n’as pas besoin d’argent, tu viens avec nous à ta banque car nous avons ta carte bancaire et tu nous achètera le carburant.” Je suis entré dans la Jeep, et là je me suis trouvé face à un homme qui s ‘ est identifié comme étant un politicien  nommé  Mr Bahati. A l’avant du véhicule, il y avait un policier armé.

Il m’a dit que ceci n’était qu’un avertissement, qu’il n’avait pas peur de la LUCHA, de mon employeur ou encore des lobbys homosexuels. A ses yeux je n’étais qu’un moustique et à tout moment il pouvait me faire disparaître de la ville. A son tour il reposa les mêmes questions que celles que l’ANR m’a posées. Je lui ai donné les mêmes réponses. Après plus de 45 minutes de discussion avec lui, les mecs de l’ANR ramenèrent mon sac et remirent mon passeport et ma carte bancaire à Mr Bahati.

Puis, nous sommes allés jusqu’à la Pro Credit Bank, et il me remit la carte de crédit et resta avec mon passeport. Il me dit:”Ramène-nous de l’argent. Je veux faire le plein de mon réservoir sinon tu passeras la nuit en prison!” Accompagné d’un policier qui est resté en dehors du distributeur, je dû ramener tout ce qui restait sur mon compte. Par après, ils me remirent mon passeport et mon sac, en me disant qu’ils m’avaient à l’œil.

La situation des personnes LGBTI devient de jour en jour plus alarmante. Les discriminations, les agressions physiques et autres sont devenues monnaie courante. Nous, activistes, qui sommes sensés assurer les arrières de la communauté au travers de plaidoyers, et d’informations, sommes aujourd’hui des proies pour des personnes homophobes et des politiciens. Aucune mesure de sécurité n’est prise par nos alliés ou partenaires, ni par le gouvernement pour assurer le bon travail des défenseurs des droits de l’homme et des activistes.

Actuellement ma sécurité est en jeu, car c’est la deuxième foi que des évènements pareils m’arrivent et on ne sait pas ce que sera la troisième… J’espère pouvoir déménager dans la ville voisine de Gisenyi au Rwanda car actuellement je n’arrive plus à faire mon travail dans une quiétude d’esprit, ni à passer la nuit chez moi par peur de me voir enlever. Les moyens financiers qui me restaient ont été emportés et tout devient compliqué, c’est pourquoi je demande un appui pouvant m’aider à assurer ma sécurité et continuer la lutte. Merci.

Junior B

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