[RDC] Assistance médicale urgente pour un militant LGBT

Bonjour chers  activistes et militants pour les droits des personnes LGBT,

Je me nomme Serge FAZILI MANENO, né d’un père et d’une mère membres de l’église protestante de la huitième CEPAC à BUKAVU province du Sud-Kivu. J’ai fais mes études primaires à l’école  Saint François-Xavier de Kadutu et mon cycle d’orientation à l’Institut BAHATI, mes humanités à l’Institut de Technique Médicale de la Fondation Médicale de l’Université de Louvain en Afrique Centrale (FOMULAC).

A l’âge de 15 ans quand mes parents ont appris par le truchement de nos voisins que j’étais une personne homosexuelle, ils m’ont exclu définitivement de la famille.

Chassé comme un chien, j’étais obligé de me rendre à 69 Km de la ville, et là mon mec m’a suggéré de poursuivre mes études en sciences infirmières au sein de l’école précitée.

4 ans après mes études en 2015, j’ai adhéré à l’organisation En Avant Jeunes Féministes, qui défend les droits des personnes LGBT et qui milite pour l’égalité femmes/hommes dans la province du Sud-Kivu et où la fonction d’infirmier titulaire me fut confiée par la haute hiérarchie.

Le 15 mars 2018, j’ai reçu l’ordre de mission de la coordinatrice de notre organisation d’aller réconforter nos 68 membres actifs qui travaillent dans la concession minière artisanale de KADUMWA-LUHWINJA à 78 Km de la ville de Bukavu, au Sud-kivu. Le but était de leur apporter des conseils, leur distribuer des préservatifs, des gels lubrifiants, des anti-inflammatoires et  des antibiotiques.

Après ma mission qui a duré trois jours, j’étais de retour sur ma moto de service. Arrivé à mi-chemin au milieu des escarpements de Nyanfunze (sur la route reliant le groupement de LUHWINJA et la ville de BUKAVU), j’ai rencontré 3 hommes et une femme. Ils étaient cagoulés, et tenaient en main deux armes à feu et deux machettes. Ils m’ont arrêté, m’ont demandé d’exhiber ma pièce d’identité et d’autres documents qui pouvaient justifier le motif de ma présence dans la zone.

C’est ainsi que la femme qui était avec eux a commencé par asperger de l’essence sur ma moto, son compagnon a tiré dessus et ma moto a pris feu.

Sans plus tarder, ils m’ont ligoté les mains, dérobé mes deux téléphones portables, mon sac qui contenait mes habits, mes rapports de service et d’autres objets de grande valeur. Ensuite, ils ont exigé que je parte avec eux. Nous avons marché 4 heures et demi à pieds avant d’atteindre leur camp situé au plus profond de la forêt.  Dix jours durant,  j’ai été victime de tortures, d’injures et de moqueries. J’ai été battu, chaques fois que j’ai eu soif, ils m’ont donné leur urine comme de l’eau à boire, je dormais ligoté sans couverture sur des sacs de sable, couvert de piqûres de moustiques. Chaque jour au levé du soleil,  j’étais  soumis à des durs travaux,  pour le simple motif qu’ils me qualifiaient de «Pédé».

Les collègues de notre organisation ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont menés des démarches pour savoir où je pouvais être mais sans succès. Au dixième jour, les kidnappeurs homophobes ont alors sélectionné un numéro au hasard dans l’un de mes téléphones dont ils disposaient. Ce fût mon collègue de service qui a reçu le coup de fil. Ils ont exigé que mes proches leur versent via le téléphone une somme de 2 500 dollars américains dans les 48 heures. La condition sine qua non pour que je ne soit pas assassiné…

Le jour suivant mes collègues membres d’ En Avant Jeunes Féministes se sont réunis en assemblée générale extraordinaire pour statuer sur mon sort. Une cotisation suivie d’un décaissement de la somme a été signé et transféré aux kidnappeurs homophobes via leur téléphone portable.

J’étais très abattu, je n’avais même plus la force de marcher. Les kidnappeurs ont alors fabriqué un brancard artisanal  sur lequel ils m’ont transporté.  Dans la nuit du 10 avril, ils m’ont jeté dans un champ de manioc à un kilomètre de la route principale. J’ai eu la vie sauve grâce à la générosité d’un vieil apiculteur de passage qui m’a administré des premiers soins à base de plantes médicinales avant de me conduire dans un hôpital où je reçois des soins d’un médecin de bon cœur en toute confidentialité jusqu’à ce jour.

Au regard des enjeux et des risques que nous courons dans un milieu très hostile aux personnes LGBT,  je  lance un appel vibrant à tous les activistes et militants pour  la défense de nos droits et à toute les personnes de bonne volonté qui me lisent. Je vous demande de me venir en aide, pour  mes soins médicaux et vous prie de bien vouloir  partager vos expériences et stratégies à appliquer  pour prévenir pareilles situations dans les jours avenirs.

Merci de tout cœur et salutations cordiales à toutes et tous.

FAZILI MANENO

Contacter l’association En Avant Jeunes Féministes